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LES CATHARES DEVANT L'HISTOIRE
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Les cathares devant l'histoire
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Mélanges offerts à Jean Duvernoy
Éditions : L'Hydre
Collection : Domaine historique
464 pages
Format : 16.5 x 23.5, broché, couv. quadri
Photographie : Jean-Louis Marteil
Grand Prix littéraire de la Ville de Toulouse (remise du prix : le 12 juillet 2005)

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Ouvrage épuisé
Textes rassemblés par Anne Brenon et Christine Dieulafait,
publiés sous la direction de Martin Aurell
TABLE DES MATIÈRES
Avant-propos
Comment offrir à Jean Duvernoy, en hommage, en témoignage de reconnaissante amitié, un volume de travaux sur le catharisme ? C'est lui qui a tout à nous apprendre sur la question. Il a ouvert toutes les pistes, défriché toutes les sources ; aujourd'hui encore sa réflexion, souriante, érudite et critique, embrasse l'ensemble de la problématique, domine avec une hauteur paisible le champ du débat universitaire. Aussi, l'idée nous est-elle venue de lui demander de nous aider.
Autour de monsieur Duvernoy, et avec lui, deux journées de rencontres, en quatre tables rondes, ont ainsi été organisées les 12 et 13 mai 2003, à Foix, aux Archives départementales, grâce à l'appui du département de l'Ariège et du Centre d'Études supérieures de Civilisation médiévale de Poitiers. Nous avons été plus d'une quinzaine à avoir pu nous libérer pour y participer, venant parfois de fort loin, amicalement accueillis par Claudine Pailhès et toute son équipe. Les débats et discussions, sagement et savamment présidés par Martin Aurell, devaient permettre, du moins l'espérions-nous, de faire rationnellement, en quatre étapes, le point sur l'état d'avancement de la recherche sur l'hérésie médiévale et sur sa répression - tous domaines d'excellence du maître. À cet effet, chacune des tables rondes s'est ouverte par la synthèse d'un rapporteur - Julien Roche pour les sources, Roland Poupin pour les origines, Daniela Müller pour l'Église cathare, Georges Passerat pour la répression - posant les prémisses de la discussion. Les débats se sont avérés pleins de chaleur et de vivacité, moins systématiques bien entendu que nous ne l'avions programmé, ouverts parfois sur l'imprévu, pour le bonheur de confronter, d'apporter, d'avancer ensemble. Ils ont été enregistrés sur cassettes, puis intégralement retranscrits. Tels qu'ils sont, constamment aiguillonnés et enrichis par Jean Duvernoy lui-même, ils forment l'armature du présent volume, encadrant les contributions offertes en hommage au maître.
Ajoutons que lors d'une chaleureuse réception à l'hôtel du département, le 12 mai au soir, Mr Augustin Bonrepaux, président du Conseil général, a remis à monsieur Duvernoy la médaille du département de l'Ariège.
L'originalité de la présente publication est de combiner tables-rondes et articles. L'ensemble a été réparti en deux grandes parties thématiques. Le lecteur trouvera donc tour à tour, au fil des pages qui suivent, après l'introduction générale de Martin Aurell aux rencontres de Foix et une bibliographie générale de Jean Duvernoy, une première partie, consacrée à la problématique des sources et des origines du catharisme : rapports et débats de la première journée, suivis des contributions illustrant ce thème ; puis, en seconde partie, consacrée au catharisme et à sa répression : rapports et débats de la seconde journée, suivis des contributions s'y rapportant. La synthèse effectuée par Martin Aurell à l'issue des rencontres ariégeoises constituant, tout naturellement, la conclusion du volume lui-même.
Puisque monsieur Duvernoy nous y a aidés, nous sommes sûrs que cette entreprise ne sera pas vaine, et que même cette simple expression de notre fidélité et de notre gratitude envers lui apportera une petite pierre de plus au "chantier de l'Histoire".
Le comité éditorial
Introduction générale : Jean Duvernoy (Martin Aurell)
Nous sommes heureux de nous retrouver aujourd'hui pour rendre hommage à Jean Duvernoy. Nous tenons à lui manifester notre gratitude pour tant d'efforts consentis, sa vie durant, à la recherche historique. Tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, son �uvre s'identifie au renouveau de la connaissance de l'hérésie occitane que, faute de mieux, nous appelons cathare.
Jean Duvernoy naît en 1917 à Montbéliard (Doubs). Il entreprend des études de droit à l'université de Grenoble. De cette formation, il tire son premier ouvrage, intitulé Le Régime international du Danube, publié à Paris, en 1941, en pleine guerre mondiale. Il travaille ensuite comme assesseur juridique pour l'Électricité et le Gaz de France. Il mènera sa "carrière" (si tant est que ce mot siée ici) en dehors du monde académique qui nous donne tant de sécurité et de temps pour la recherche, mais aussi une autorité et un prestige, dus à la seule institution, sur lesquels, nous autres universitaires, tendons trop souvent à nous reposer à l'heure de faire valoir nos travaux, méthodes ou idées. Par contraste, la "marginalité" (ici encore entre guillemets) ou, sans mauvais jeu de mots, la "dissidence" de ceux qui entreprennent des recherches à l'extérieur de l'université ou des organismes d'investigation d'État a indéniablement ses avantages : elle est gage de liberté d'esprit.
Les responsabilités professionnelles à l'E.D.F., assurément lourdes, ne l'ont pas empêché d'accomplir une �uvre immense : huit livres généraux, une vingtaine d'éditions et traductions de documents médiévaux, quatre-vingts articles (parus dans des bulletins d'histoire méridionale, mais aussi dans Heresis ou les Cahiers de Fanjeaux et dans des actes de colloques internationaux), une cinquantaine de recensions et de préfaces d'ouvrages� Peu d'enseignants-chercheurs atteignent, au soir de leur vie, ces chiffres. Or, ceux-ci forcent d'autant plus l'admiration que ces travaux n'ont pas été produits, rappelons-le, dans le calme d'une Thébaïde ni d'une sinécure, mais dans l'engagement intense du combat juridique ou dans les loisirs d'une retraite que d'autres consacrent à des activités, pour le moins plus reposantes que la médiévistique érudite.
Cette passion pour l'histoire s'est toujours épanouie dans l'hérésie médiévale et dans le monde occitan où elle voit le jour. Jean Duvernoy s'intéresse d'abord aux vaudois, sur lesquels il travaille à partir des textes de la Bibliothèque de Grenoble. Dès la fin des années 1950, il étudie le manuscrit latin 4030 de la Bibliothèque Vaticane, le registre, rendu vite célèbre, de l'inquisiteur Jacques Fournier, évêque de Pamiers. Les premiers articles de Jean Duvernoy, parus au début des années 1960, montrent déjà tout l'intérêt de ce document pour connaître la société pyrénéenne tout entière, de la noblesse seigneuriale aux bergers les plus humbles, leur travail et leurs loisirs, mais surtout leur système de croyances. Les historiens de l'aristocratie sauront, par exemple, gré à Jean Duvernoy d'avoir apporté des témoignages d'époque extrêmement précis sur les difficultés matérielles de la noblesse pauvre de la coseigneurie languedocienne. Ils le féliciteront également d'avoir approfondi, par la suite, ces problèmes, et d'avoir ainsi mis en relief quelques beaux exemples de nobles proches du catharisme, religion d'élite : sa communication au colloque Les Voies de l'hérésie sur les baronnies tampon, dont l'irrédentisme s'oppose à l'avancée des croisés est, sur ce point, remarquable.
Dès le début, la vocation de Jean Duvernoy s'affirme comme celle d'un historien au sens le plus strict et le plus scientifique du terme, à savoir d'un chercheur qui étudie certes l'homme en société, mais exclusivement à partir des traces documentaires qu'il a laissées derrière lui. Chacun d'entre nous a utilisé, à un titre ou à un autre, son édition latine du registre de Jacques Fournier, parue chez Privat en 1965, puis sa traduction française chez Mouton en 1978. Mais ce n'est là que la partie émergée de l'iceberg colossal d'un travail dominé par l'édition de sources. Nous lui devons onze publications et traductions de textes, passées à l'imprimerie : Chronique de Guillaume Pelhisson (1958 et 1994), de Guillaume de Puylaurens (1976, rééd. 1996), Procès de Bernard Delicieux (2001), Registres de Bernard de Caux (1990) ou de Pierre Cellan (2001)� Tous ces ouvrages ont été pris en charge par des éditeurs, pour la plupart méridionaux, qui les ont publiés et diffusés. Ils n'ont sans doute pas été des best-sellers, eu égard à l'effort de dépaysement ou de prise en compte de l'altérité qu'exige toujours, pour le lecteur, l'approche directe de la source médiévale. Il aurait pourtant été relativement aisé de céder à la facilité d'une production moins rigoureuse, et plus adaptée au grand public dont on connaît l'engouement récent pour un catharisme ésotérique, synonyme d'une vague spiritualité hors normes et libératrice de toutes les oppressions.
Nous ne serons, en outre, jamais assez reconnaissants à Jean Duvernoy pour la générosité avec laquelle il a mis à la portée de tous, dans la Bibliothèque du Centre d'Études Cathares de Carcassonne, ses propres transcriptions et traductions dactylographiées de plusieurs manuscrits inédits de la Bibliothèque Nationale de Paris ou des bibliothèques municipales de Toulouse ou de Lyon. Cet acte gratuit et altruiste mérite d'être salué, et même proposé en exemple. Il est, en effet, extrêmement rare parmi les chercheurs, trop souvent soucieux de leur propre renommée et peu enclins à communiquer les résultats de leurs travaux sans la contrepartie d'une reconnaissance publique. En revanche, le détachement désintéressé de notre historien est digne non seulement d'être admiré, mais imité.
Cette fascination pour la source, ce goût de l'archive, n'a jamais quitté Jean Duvernoy. Elle n'a pas péri aux modes critiquant naïvement le positivisme ou l'école méthodique, modes iconoclastes somme toute passagères à l'heure de la nouvelle érudition des années 2000. À lire ses rares ouvrages de vulgarisation sur les cathares et, surtout, ses quatre-vingts articles d'érudition, on est frappé par la rigueur de la méthode qui accorde une place capitale au document. Leur écriture en est profondément marquée, ne serait-ce que par une modestie, peut-être excessive, qui favorise l'analyse au point de s'interdire des affirmations par trop synthétiques, et donc invérifiables, y compris dans les conclusions, souvent absentes de ses travaux.
Autre trait de cette érudition : Jean Duvernoy n'a jamais succombé aux sirènes du structuralisme et de la déconstruction post-moderne. En simplifiant, ces théories partent du postulat que le texte fonctionne en vase clos pour livrer des discours, créées par l'imaginaire de leurs auteurs, sans nous apprendre grand-chose de la réalité extra-mentale. Pour Jean Duvernoy, en revanche, il faut puiser à la source une vraie connaissance sur son contexte d'élaboration ; elle ne saurait être exclusivement abordée dans l'inter-textualité. Cette méthode, qu'on peut qualifier de positiviste sans aucune connotation péjorative de ma part, montre, dans toute son authenticité, la vie des cathares, de leurs persécuteurs et de leurs proches. Elle part du principe que le document n'est pas mirage, mais miroir assez exact de la réalité de son temps.
C'est la raison pour laquelle Jean Duvernoy est resté fidèle à la connaissance que les sources, même inquisitoriales, transmettent du catharisme. Alors que, dans la plupart des travaux, la dimension orientale de l'hérésie méridionale tend, à partir des années 1970, à s'estomper au profit d'un évangélisme local, il n'hésite pas à comparer la charte de Niquinta et la Somme de Rainier Sacconi pour conclure que la différence entre cathares et bogomiles est mince. Soit dit en passant au sujet de la charte de Niquinta, Jean Duvernoy n'a pas le faux facile, alors que, pour bien des collègues, mettre en doute l'authenticité d'un acte est un procédé efficace pour se débarrasser d'une pièce à conviction encombrante. Dans le même ordre d'idées, il n'a jamais nié l'existence d'une structure ecclésiale et institutionnelle forte encadrant la religion cathare.
Est-ce là de l'absence d'esprit critique à l'égard de la documentation ? Il suffit de vérifier la culture historique, linguistique et religieuse de Jean Duvernoy pour écarter un tel soupçon. Un seul exemple sur un point de détail : l'interprétation du melhorament ou salut des croyants aux parfaits comme une adoration qui leur est due proviendrait d'un contresens dans la traduction occitane de Jean 4, 24 : "Dieu est esprit et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et vérité", verset transformé en "Il faut adorer ceux qui adorent en esprit et vérité". La minutie d'une telle observation présente des ouvertures indéniables sur le plan de l'histoire de la liturgie, de la théologie, voire des techniques de traduction en langue vulgaire.
Constatons, de plus, la qualité de ses éditions : description de manuscrits, élaboration du stemma, apparat critique, repérage des variantes� Tout y est irréprochable. En véritable érudit, il tient le document pour un monument, au sens germano-latin du terme, qui mérite tout notre respect et - pourquoi pas ? - toute notre adhésion. Il s'engage même un peu trop loin, à mon goût, dans cette voie alors qu'il utilise le style direct pour traduire les questions et réponses des registres inquisitoriaux, que le notaire a pourtant copiées au style indirect. Il faut dire, toutefois, en faveur de ce choix, qu'il présente un avantage : éviter les lourdes périphrases, difficiles à rendre en français, dans lesquelles le greffier enferme le dialogue de l'inquisiteur et ses prévenus ou témoins. Quoi qu'il en soit, nous savons tous, par expérience qu'une traduction est toujours critiquable, et même critiquée de façon systématique par les spécialistes, car le traduttore est par définition traditore. On retiendra plutôt que la liberté d'esprit de Jean Duvernoy l'a toujours poussé à traduire le document en tout désintéressement et dans le but de mettre ces textes à la portée du plus grand nombre. Il lui aurait été bien plus facile de le laisser dans sa langue originale, qu'il connaît si bien, limitant du coup sa lecture au cénacle des médiévistes. Insistons donc à nouveau sur la qualité humaine que dénote cet esprit de service.
Avant de finir, je voudrais remercier au nom de vous tous Anne Brenon et Julien Roche - tous deux archivistes-paléographes, ce n'est pas un hasard - pour avoir mis en pratique l'initiative, des plus heureuses, de nous réunir autour de Jean Duvernoy pour réfléchir à son �uvre. Ils ont été secondés par un comité d'organisation efficace et sympathique, composé par Christine Dieulafait, Annie Cazenave et Gwendoline Hancke. Claudine Pailhès nous accueille de façon fort aimable dans les Archives départementales de l'Ariège dont elle est la conservatrice. Force est aussi de savoir gré à tous les communicants, venus parfois de très loin, et à tous ceux qui collaboreront au volume collectif issu de cette rencontre. Puissent ces journées nous apporter de nouvelles découvertes intellectuelles dans la voie tracée par le maître auquel nous rendons aujourd'hui hommage !
Martin Aurell
Université de Poitiers-C.E.S.C.M.
Institut Universitaire de France
Jean Duvernoy et l'étude du catharisme : bibliographie générale
Première partie
Sources et origines : problèmes historiographiques et méthodologiques
Journée du 12 mai 2003
Les sources : rapport introductif (Julien Roche)
 1 ère table ronde : Jean Duvernoy, J. Roche, M. Aurell, A. Brenon, A. Cazenave, C. Fraïsse, J. Frayssenge, G. Hancke, D. Müller, R. Poupin, E. Riparelli.
Les origines : rapport introductif (Roland Poupin)
 2 e table ronde : Jean Duvernoy, R. Poupin, M. Aurell, A. Brenon, A. Cazenave, C. Fraïsse, J. Frayssenge, D. Müller, E. Riparelli, J. Roche, M. Roquebert.
Le déconstructionisme et les études cathares (Michel Roquebert)
Où en est le problème des Actes du concile de St-Félix ? À propos de "L'histoire du catharisme en discussion" (Francesco Zambon)
De l'opportunité du sens critique : à propos des Pauvres catholiques (Annie Cazenave)
Comment diaboliser l'adversaire ? (Jean Flori)
Hérétiques et mouvance pauvre dans la seconde moitié du XIIe siècle (Anne Brenon)
La représentation de l'hérétique par l'imagerie animale (Beverly Kienzle)
Le cloître de l'abbaye St-Pierre de Moissac n'était pas une oeuvre hors du temps (Chantal Fraïsse)
Une Passion provençale inédite du XIVe siècle (Geneviève Hasenohr)
Deuxième partie
Le catharisme et sa répression
Journée du 13 mai 2003
L'Église cathare : rapport introductif (Daniela Müller)
 3 e table ronde : Jean Duvernoy, D. Müller, M. Aurell, A. Brenon, A. Cazenave, G. Hancke, D. Laurendeau, G. Passerat, R. Poupin, E. Riparelli, J. Roche, M. Roquebert
La répression : rapport introductif (Georges Passerat)
 4 e table ronde : Jean Duvernoy, G. Passerat, M. Aurell, A. Brenon, A. Cazenave, D. Laurendeau, D. Müller, E. Riparelli, M. Roquebert.
La prédication féminine chez les cathares (Gwendoline Hancke)
À propos de la controverse sur la nature doctrinale du Nihil cathare (Pilar Jiménez)
La technique d'exégèse des cathares (Enrico Riparelli)
Item dixit (Annie Cazenave)
Une errance de faydits sur le plateau du Larzac au XIIIe siècle, 1286-1288 (Jacques Frayssenge)
Les Alion, le pape et le comte de Foix, 1244-1310 (Jean-Claude Soulassol)
Le pape Sylvestre en Antéchrist : pauvreté et ecclésiologie dans le débat sur l'hérésie au bas Moyen Âge (Jorg Oberste)
La culture des pauvres (Annie Cazenave)
La mémoire de Toulouse offensée, 1229-1979 (René Soula)
De la Jérusalem céleste à Babylone (Roland Poupin)
Conclusion (Martin Aurell)
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Fiche article
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